LSee Challenge, Nutrition, Science

Les cétones

Nous rentrons ici dans un monde mystérieux, fascinant et qui attise les passions ! Danger mortel ! Elixir de jeunesse ! Arme absolue pour le marathonien ! Remède universel contre toute les maladies dégénératives cérébrales ! Anti-cancer total !

Essayons d’y voir un peu plus clair avant de nous lancer dans notre expérience.

 

Il était une fois … la famine !

Les cétones sont des composés que le foie fabrique lorsqu’il considère que l’organisme est en « disette », voire « famine », ils ont d’ailleurs été initialement étudiés dans ce contexte par G. Cahill, spécialiste de la famine.

Sans rentrer trop de détails biochimiques, en cas de pénurie glucidique, l’organisme épargne le glycogène et brule le gras (cf. notre post sur le métabolisme), mais fabrique aussi d’autres composés chimiques (les cétones) qui vont pouvoir être utilisés comme carburant énergétique, notamment par le cerveau et le cœur, gros consommateurs qui ne sont jamais au repos.

Oui, on vous a dit partout que le cerveau ne peut bruler que du glucose (140 grammes par jour), mais c’est faux. En cas de famine, le carburant majoritaire est une cétone (jusqu’à 75% de l’apport énergétique après plusieurs jours de jeûne).

La famille « cétones produites par le corps humain » comporte trois membres. Celui qui nous intéresse le plus répond au doux nom de ß hydroxy-butyrate et ressemble à ça :

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les deux autres sont l’acide acétylacétique et l’acétone.

des cétones certes, mais pas les bonnes !

des cétones certes, mais pas les bonnes !

Au passage, on tord tout de suite le cou aux autres cétones, comme les « cétones de framboises » ou « raspberry ketones », qui n’ont aucun rapport chimique avec les cétones endogènes et donc n’amènent rien à l’organisme, même si elles sont vendues fort cher sur des sites de compléments alimentaires.

 

Les cétones : produit miracle ou toxique ?

Pendant longtemps les cétones ont été associées à une pathologie grave, l’acidocétose, provoquée par le diabète ou l’alcoolisme. Pour faire simple : moins on a d’insuline dans le sang et plus on fabrique de cétones. Pourquoi acidocétose ? Parce que les cétones sont acides, et que le pH du sang est régulé très finement. Trop de cétones = acidité qui augmente = gros problème !

Les biochimistes ont longtemps pensé que c’était un déchet, et puis un jour ils se sont rendus compte que c’était un carburant ! Qui plus est, plus « propre » que le glucose. En effet, la production d’ATP à partir de ßOHB génère moins de radicaux libres que le glucose. Etonnant, non ? C’est peut-être la raison pour laquelle la « diète cétogène » a longtemps été utilisée dans le traitement de l’épilepsie voire de maladies mentales.

Les études subséquentes sur la « cétose nutritionnelle » ont montré que la concentration en ßOHB dans le sang restait dans ce cas dans une fourchette (oui, j’ai osé) ne générant pas cette acidité sanguine, et permettait donc de profiter des bienfaits (réels ou supposés) de la cétose.

En cétose alimentaire, le taux de ßOHB dans le sang va passer de pratiquement 0 à 3 à 5 mMol/l. Et le but du jeu est de rester entre 1,5 et 3 pour optimiser le fat-burning.

Enfin, c’est ce que nous voulons tester !

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Les bienfaits : mais alors quels sont ils ?

 

Fat-burning

Comme nous l’avons dit précédemment, il est globalement admis qu’être en cétose maximise la consommation de gras, ce que nous allons vérifier lors de notre « LSee challenge ». Même si certains auteurs proposent d’autres moyens de maigrir et argumentent que l’efficacité du LCHF est plus lié à la restriction calorique qu’à la production de cétones. Ce débat est loin d’être clos et nous allons tester !

Il y a également les effets « cérébraux  » …

Meilleure concentration mentale (très souvent observée sur les jeûnes de moyenne durée), protection contre les maladies dégénératives, voire même meilleure reconstruction des neurones lors de chocs à la tête ! Référence ici.

… Cardio-vasculaires …

On débat également de leur intérêt dans le traitement post infarctus : référence ici.

 

Et vis à vis du cancer !

Comme les cellules cancéreuses sont des grosses consommatrices de glucose, pourquoi ne pas les «affamer» en se mettant en cétose ? Ca coule de source ! C’est une des lectures de la théorie du « Warburg effect ». Warburg était un biochimiste contemporain de Krebs (grand amateur de vélo) et a remarqué la consommation massive de glucose par les cellules cancéreuses, une cause possible étant le dysfonctionnement des mitochondries.

Le sujet génère beaucoup de publications, et celle ci va dans ce sens, tout comme celle ci. Mais comme toujours quand on creuse tout se complique, c’est ce qu’indique cet article (attention, solides compétences en biochimie requises pour les trois articles).

C’est que dit en tous cas Dominic D’agostino, grand vulgarisateur des cétones tout à fait passionnant … même si certains cancers semblent au contraire « profiter » de la cétose.

Le champ d’expérimentation est passionnant et dès qu’on parle de cancer, les enjeux sont colossaux et les délires aussi ! Mais tout cela nous  éloigne un peu de la perte de gras !

 

Comment mesurer ses cétones ?

 

Les urines

ketostixL’organisme excrète de l’acide acétylacétique, une autre cétone, et on peut en mesurer la concentration avec des bandelettes sur lesquelles on va faire pipi.

Cette mesure très bon marché est en fait peu fiable, à cause du décalage qui existe entre la production du ßOHB et l’excrétion de l’acide acétylacétique dans les urines. Et également de l’adaption de l’organisme à la cétose, qui après quelques jours rejette moins d’acide acétylacétique à iso-concentration de ßOHB.

Donc : mesurer ça ou rien …

 

L’haleine

La troisième cétone est l’acétone. C’est assez normal une cétone qui s’appelle l’acétone ! C’est un produit de la dégradation du ßOHB, très volatil, et du coup elle est expirée avec le CO2, avec une odeur assez caractéristique.

C’est considéré comme un des effets désagréables de la cétose – une haleine un peu « métallique ». Mais du coup, en mesurant l’acétone dans l’air expiré on peut avoir une idée du niveau de cétose (en supposant qu’il y ait une corrélation linéaire entre acétone et ßOHB, évidemment).

 

Le sang

La mesure la plus fiable (mais … la plus chère), est d’utiliser un moniteur de cétonémie sanguine pour diabétiques, qui mesure directement le taux de ßOHB dans le sang.

 

Le protocole !

Nous nous sommes donc armés de ces appareils, et des stylos-piqueurs et des bandelettes qui vont avec.

Nous allons nous en servir pour mesurer la variation de notre taux de cétose au fil du temps. Nous avons imaginé à priori une corrélation entre le taux de ßOHB et la consommation de gras, sans que nous sachions exactement les proportions. C’est ce que nous voulons mesurer dans notre expérience.

Il faut également noter que les bandelettes urinaires et la mesure dans le sang sont des appareils médicaux, étalonnés pour l’acidocétose, donc des concentrations bien plus élevées que nous allons nous mesurer.