LSee Challenge, Nutrition, Science

LSee Challenge : Précurseurs et cétones exogènes !

 

Quoi de neuf, Docteur ?

Nous avons laissé nos valeureux testeurs à l’issue d’une semaine assez complexe à gérer pour la plupart d’entre eux. Passer sans transition de trois repas par jour avec une forte composante glucidique à un repas par jour, et cétogène de surcroit, ce n’est pas de la tarte. Oui, je sais, je n’aurais pas dû.

Ceci dit, l’expérience a été profitable pour tous. Nous savions avant de commencer que la perte de poids n’arrive pas en une semaine, et que le fatburning prend du temps.

Les régimes miracles qui disent « 1 kilo par jour » soit mentent, soit sont dangereux : on peut perdre 1 kilo par jour … d’eau … en prenant des diurétiques puissants, qui peuvent être à base de plantes et se démolir les reins.

Par contre, cela nous a permis de progresser sur quelques sujets connexes :

  • Notre rapport à l’alimentation et la nourriture.
  • Accepter la perception de bizarrerie des autres (toujours prompts à vous regarder d’un air moqueur des que vous déviez de la masse).
  • Les éléments scientifiques qui étayent (ou pas !) telle ou telle théorie. Philippe a d’ailleurs posé plusieurs questions à Richard Feynman, un biochimiste plutôt calé qui a répondu à la plupart par la formule : WWK<DN, ce qui veut dire what we know is less that what we dont know, ce que je ne vous ferai pas l’affront de traduire mais pose bien le débat de la nutrition ! (un résumé des questions et des réponses en fin d’article)

Sur ces entrefaits, nous sommes repartis sur une semaine d’alimentation normale. Pour Cyril, Guillaume et Julia, trois repas par jour et glucides à gogo, et pour Philippe un repas par jour avec des glucides en modération.

Retour à la normale … y compris le poids !

Comme on pouvait s’y attendre, la cétose disparaît immédiatement avec un approvisionnement en énergie régulier et quelques glucides. Le point qui reste intéressant (et questionne) est la facilité de Julia à produire du ßOHB, avec un taux culminant régulièrement à 0,9 en fin d’après-midi, supérieur au taux du matin à jeun ! Nous n’avons aucune explication à donner, à part le fait que Julia a un métabolisme de production de cétones très efficace – anormalement efficace.

Quand nous reprenons les mesures de poids après une semaine, nous sommes revenus à notre poids d’avant la semaine LCHF, à peu de chose près !

 

On aime les précurseurs !

Nous sommes donc super impatients de tester le « Upgraded Brain Octane». Comment ne pas avoir envie avec un nom pareil  : Formule améliorée de carburant cérébral, avec l’association plus ou moins conscience que l’indice d’octane est aussi utilisé pour la qualité de l’essence mais ce n’est pas la même molécule, enfin on espère.

Notre cerveau va passer en mode formule 1 !

 

 

La notice indiquant qu’il faut y aller mollo au début, sous peine de problèmes digestifs, nous allons donc augmenter la dose petit à petit. Allez hop c’est parti pour le « bulletproof coffee », une autre invention de Dave Asprey qui a un sens du marketing indiscutable.

Le café pare-balles ! On irait presque attaquer une banque après l’expresso du matin, juste pour voir !

 

Nous attendons avec impatience de sentir notre cerveau monter dans les tours. Mais … il ne semble rien se passer. Diantre ! Vite, des mesures.

A part Julia (0,6), qui de toute façon est une kéto-machine de compétition, rien ne passe pour les autres. Même Philippe, censé être kéto-adapted, décroche un 0,2, comme Cyril, et Guillaume est scotché à 0,1.

Il faut peut-être plus de quelques heures au foie pour reconnaître l’acide caprylique et lancer la fabrication de ßOHB ? Nous reprenons une mesure à 18 heures. Julia est toujours avec un taux qui monte à 0,9 (exactement la même valeur que quand elle mange, si on compare avec la semaine précédente). Philippe et Cyril arrivent à 0,4 (ce qui dénote un effet minimal, il se passe bien quelque chose) et Guillaume qui est décidément un  « mauvais répondant » reste scotché à 0,1.

Peut-être n’en avons-nous pas pris assez par peur de passer la journée aux toilettes ? On double la dose le lendemain ! Si on est à l’épreuve des balles … Non, je ne vais pas faire de jeu de mots.

Philippe arrive à 1,1 en fin de journée (mais il n’a rien mangé à midi, et il a eu des valeurs nettement plus élevées en suivant strictement le régime LCHF …). Pour Cyril et Guillaume c’est la cata : 0,2 et 0,1 en fin de journée.

Devinez ce qui se passe le lendemain ? Nous triplons la dose. La seule bonne nouvelle, c’est que nos intestins respectifs prennent la chose assez amicalement.

Mais en fait … pas de changement notable, alors :

 

Changement de protocole !

Très frustrés par cette absence totale de résultat, nous décidons d’interrompre l’expérience et de passer directement le lendemain aux cétones exogènes. Philippe, en déplacement, a eu la chance de prendre la version en poudre, goût orange, qui est tout à fait buvable. La version liquide a l’air nettement moins comestible au vu des grimaces des valeureux cobayes du challenge.

y’a un veinard qui a eu le « goût orange » 🙂

Nous nous disons que si nous buvons des sels de ßOHB, ça devrait avoir plus d’impact que les MCT. L’étiquette indique que la dose correspond à 11,7 grammes de ßOHB. Dilué dans environ 6 litres de sang, ça devrait faire 2 mmol/l.

(Masse molaire du ßOHB : 104 gr/mol, donc 1 gr/mmol. On prend donc environ 12 mmol de ßOHB, une fois dilué dans 6 litres ça fait 2 mmol/l. Si on ne le consomme pas évidemment).

Si vous voulez savoir si le calcul est juste, regardez la vidéo 🙂

Hélas, trois fois hélas, nous allons retrouver le même type de résultats que pour les autres protocoles :

  • Guillaume et Cyril ne réagissent pratiquement pas (sauf quand Cyril s’énerve et trempe le stick directement dans la bouteille !)
  • Julia a toujours des taux élevés quoi qu’il arrive
  • Philippe répond un peu mieux mais en restant dans des valeurs assez basses, notamment quand on les compare à la première semaine, et à ses propres expériences de jeune prolongé, qui feront l’objet d’un autre post).

Quand à la perte de poids, voici les résultats à la fin de la semaine :

Nous mettons aussi la masse grasse, mais nous savons bien que les informations ne sont pas fiables : 

Et l’évolution du poids et de la masse grasse sont dans les marges de variation normales, donc elles ne signifient rien.

La seule courbe un peu  intéressante est celle de la concentration en ßOHB :

 

 

Qu’avons nous appris lors cette semaine ?

L’efficacité des compléments cétogènes est à prendre avec une (grosse) pincée de sel.

Si vous voulez être en cétose, le premier protocole que nous avons testé (LCHF et IF) est clairement le plus efficace. Quand ou voit le prix de ces produits (un peu plus de 40 euros le litre de brain octane, encore plus cher pour les sels de ßoHB de cétones) et leur efficacité, il faut mieux apprendre à sauter le petit déjeuner si on chercher la cétose.

 

La suite ?

Cette première phase est terminée. L’expérience nous a amené à nous poser plein de questions sur la cétose, et même si nous avons trouvé quelques réponses en route, il reste plein de questions ouvertes. N’hésitez pas à apporter les votres !

Quand aux prochaines expérimentations … chut, c’est encore secret 🙂 mais nous y travaillons.

 

 

Bonus : Questions posées à Richard David Feynman

LSee : Une grande partie du discours LCHF est qu’il n’est pas nécessaire de compter les calories, parce que, quand on n’ingère pas de glucides, la glycémie reste stable, il n’y a pas de pic d’insuline et donc pas de stockage induit par l’insuline.

J’ai du mal à bien comprendre cette idée, parce que si je mange une keto-pizza à 3000 calories qui ne contient que des protéines et du gras, les acides gras vont bien passer la barrière intestinale et arriver dans le sang, même si mon niveau d’insuline est très bas. Qu’est-ce qu’il advient de ces « chylomicrons » ?

RDF : Les acides gras n’entrent pas directement dans le sang (note : le gras n’est pas soluble dans l’eau), ils sont « repackagés » et transportés sous forme de triglycérides et de chylomicrons et amenés aux cellules périphériques et au foie.

LSee : Y a t’il une forme de régulation de la digestion à travers le niveau d’insuline ? Est-ce que le régime LCHF change le microbiote (les 2 kilos de bactéries qui sont dans notre tube digestif et contribuent à la digestion) et alors … le gras en excès n’est pas digéré et évacué directement dans les selles ?

RDF : l’alimentation LCHF modifiera le microbiote sans que nous sachions bien les détails, mais très peu de gras est excrété par l’organisme.

(Note LSee  : Donc … on ne sait pas ce qu’il en advient !)

LSee : Est-ce qu’en fait la perte de poids observée en LCHF n’est pas tout simplement due à une restriction calorique induite, parce que la satiété arrive plus vite et est plus durable ?

RDF : Oui, c’est un des effets, mais c’est important de bien faire la différence entre le comportement et le métabolisme. LCHF est en général plus « rassasiante » mais c’est indépendant de la biochimie – s’il n’y a pas de nourriture, il n’y a pas de satiété ! Ceci étant, le LCHF a des effets métaboliques profonds, directement et également à cause des changements induits sur l’insuline et d’autres hormones. Les expériences de Jeff Volek montrent des différences notables en termes de perte de poids et de réduction calorique .

LSee : On considère en général que le “bon” niveau de cétones est entre 1,3 et 3 mmol/l. Pourquoi ? Nous n’avons trouvé de raison nulle part, mis à part le risque d’acidose, mais elle arrive à des niveaux beaucoup plus élevés. Tout le monde semble se référer au livre de Phinney et Volek mais il n’y a pas d’explication. Quand j’ai fait une diète de 4 jours mon taux de cétones est monté à plus de 6 mmol/l et est redescendu très vite après un repas et quelques verres de vin. Est-ce que c’est bien ? Désirable ?

RDF : C’est sans aucun doute différent d’un individu à l’autre, et je ne pense pas qu’il y ait d’autre règle que celle d’éviter l’acidose, comme vous le dites. Et je crains que, malgré l’avis des experts, WWK < DK.

LSee : Nous avons eu beaucoup de difficultés à faire monter notre taux de ßOHB  avec des acides gras MCT en C8. Il ne s’est pratiquement rien passé. Alors – est-ce un pur effet placebo ? Quand nous voyons des sites qui commercialisent de “l’eau cétonisée” avec 1 gramme de C8 pour un litre d’eau et qui expliquent qu’avec ça on va se sentir super bien, ça nous laisse perplexe. Ou est-ce qu’on a raté quelque chose ?

RDF : WWK < DK.

LSee : Nous avons remarqué que le niveau de ßOHB diminue après le sport, ce qui est assez contre intuitif. Est-ce parce que le foie met du temps à s’ajuster à l’augmentation de la demande ?

RDF : Il se passe beaucoup de choses quand on fait du sport et d’autres carburants sont produits, mais plus généralement : WWK < DK.

LSee : Qu’est-ce qui génère la cétose ? la baisse du niveau de glycogène dans le foie ? ou autre chose ? 

RDF : Il y a plusieurs déclencheurs : le niveau d’insuline et d’autres hormones, la présence de glucides et d’acides gras. J’ai écrit un post sur mon blog à propos du Succinyl-CoA (une molécule intermédiaire dans le Cycle de Krebs) qui inhibe la HGM-CoA synthase, qui est une enzyme clé dans la cétogénèse. Mais pour simplifier, on peut dire qu’une alimentation très pauvre en glucides ou pas d’alimentation du tout (donc de facto pauvre en glucides !) sont des générateurs de cétose, mais il y a des exceptions et de stimuli différents.

LSee : Pensez-vous, comme Phinney et Volek que l’état de cétose est un état normal et que nous devrions essayer de le provoquer, pour les modifications métaboliques qu’il induit ?

RDF : C’est certainement un état normal et ses bénéfices thérapeutiques (qui sont encore souvent anecdotaux) me laissent à penser que pour certaines personnes c’est vraiment quelque chose à rechercher. Mais WWK < DK.

LSee : Ou – est-ce que vous recommandez le LCHF juste à cause de l’insuline ?

RDF : Pas “juste à cause”. C’est très important, l’insuline.

LSee : Ou- sommes nous dans une logique de “bio-hacking” – faire croire au corps qu’il est en mode survie pour en tirer tous les bénéfices possibles ?

RDF : Cela peut être une approche importante mais nous ne savons jamais vraiment comment le corps “decide” de réagir par rapport à la manière dont on le stimule.

Plus d’info sur Richard Feynman : le blog et le livre. Il est aussi sur Facebook.

Un t shirt pour ne jamais oublier la biochimie 🙂

 

Philippe point Delanghe at LSee point com
Directeur du Marketing
LSee