LSee Challenge, Nutrition

LSee Challenge : LCHF et IF !

Décollage imminent …

Nous nous retrouvons au bureau avec tout le matériel nécessaire : bandelettes, moniteurs, balance, et la ferme volonté de ne rien manger avant le diner, et de choisir une recette « céto-friendly » – une pizza … sans pâte à pizza, remplacée par … des aubergines.

healthy pizza keto diet

Nous sommes donc 4  et nous nous piquons fébrilement à 11:30. Julia et Philippe sont déjà en cétose (0,7 et 0,8), Cyril et Guillaume pas du tout (0,1).

Philippe est un vieux qui jeûne très régulièrement (et qui a un faible pour les jeux de mots faciles), il peut paraître logique que son taux de ßOHB monte rapidement après 16 heures de jeûne. Julia n’a jamais pratiqué l’exercice, et elle est pratiquement au même taux !

Que Guillaume et Cyril, soient au minimum, c’est normal : la production de ßOHB est d’autant plus rapide qu’elle est régulière et que l’organisme a déjà été confronté à la situation.

On fait la sourde oreille aux quolibets des collègues qui nous narguent, qui avec son sandwich, qui avec son entrecôte, mais nous tenons bon sur l’heure de midi.

Dur, dur, la pression sociale !

Les mesures de l’après midi confirment la tendance : Julia : 1,6, Philippe 1,7, Cyril et Guillaume 0,2 et 0,1.

Nous nous quittons vers 18 heures, avec notre liste de courses pour le diner ! Philippe et Julia ont le privilège de refaire des mesures supplémentaires en fin de journée, avant et après le repas, et obtiennent les résultats suivants :

Julia : avant : 1,3– après : 1,9 – Philippe : avant 1,2 – après 0,9

Philippe est rentré chez lui à vélo. L’aller-retour (1h20) est censé avoir brulé 550 calories, sans doute beaucoup de gras puisque la FC moyenne était de 125, soit  70% de FC max. Mais son taux de cétones est descendu : pas logique mais … c’est la mesure !

En fait, les mesures de calories consommés varient de 30% selon l’application utilisée. No comment ! 

Selon Strava, calories brûlées :

Selon Strava, calories brûlées : 281

 

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Selon Garmin : 370 calories

 

Premières conclusions :

  • Quand on fait du sport, on brule plus de cétones qu’on en produit
  • Julia est une mutante, il faut la cloner !
  • La pizza aux aubergines, c’est excellent !

 

Atterrissage

Nous avons tous les quatre réagi de manière différente, tant sur le plan physiologique que psychologique. Commençons par ce qui est commun à tous :

Faim !

Tout le monde a eu faim;  sauf Philippe … qui a l’habitude puisqu’il pratique l’IF depuis quelques années. Guillaume qui est plutôt du style 3 repas plus deux collations a eu quelques craquages. Julia des « coups de mou ». Cyril a trouvé qu’il n’était jamais autant rassasié  que devant un gros plat de pâtes.

La faim est difficile à supporter mais nous avons tous reconnu que c’est surtout dans la tête – les coups de barre et autres hypoglycémies redoutées ne sont arrivées à personne. Et la liberté de ne pas être dépendants de 3 (ou plus) repas par jour a été appréciée par tous.

 

(In)efficacité par rapport à la perte de poids ?

Nous avons tous plus ou moins maigri sur ces 5 jours mais il est probable que cela soit lié à la réduction des stocks de glycogène et de l’eau qui va avec – la preuve étant que le poids revient immédiatement après quelques repas normaux et quelques verres de vin. Le « fat burning machine » n’est ni instantané ni miraculeux. Ca ne veut pas dire que ce type de régime ne marche pas, mais plutôt qu’il faut sans doute le faire pendant plus longtemps – et s’y tenir.

keto diet fat weight

 

Diversité des métabolismes

La cétose est vraiment liée au jeûne et normalement met du temps à s’installer chez des personnes qui n’en ont pas l’habitude. Il était donc prévisible que les foies de Cyril et Guillaume mettent du temps à produire du ßOHB. Par contre Julia a démarré sur les chapeaux de roues et a un taux basal relativement élevé. Pour autant elle n’est pas spécialement squelettique. Est-ce une mutante ou trouve t’on 25% de la population qui fabrique des cétones facilement ?

Philippe, lui sortait d’un jeûne de 96 heures et est est reparti en cétose rapidement. Tricheur 🙂

Nous réagissons donc tous différemment à un stimulus identique.

Difficulté sociale

Difficile de rester sur du LCHF quand on va diner chez des potes. Les glucides sont omniprésents et terriblement ancrés culturellement : le croissant, la baguette qui croustille, le Poilâne grillé avec le foie gras ou le fromage, la pizza ou le plat de spaghetti bolognaise vite fait, et on ne parle pas de l’assiette de frites ! Il y a un sacré travail de reprogrammation mentale à faire, et d’acceptation des regards incrédules qui est loin d’être trivial !

cyril2 guillaume2 julia3 philippe2

Les questions qui restent posées

Cette expérience nous a amenés à nous poser quelques questions vis à vis de l’« orthodoxie » LCHF.

Une calorie est-elle une calorie ?

Les témoignages  LCHF insistent sur le fait qu’on n’a plus besoin de compter les calories, parce que l’absence de glucides « empêche le stockage ».  Après réflexion, nous ne sommes pas totalement convaincus ! La pizza à 3.000 calories, ça fait un sacré paquet d’énergie, et même si on ne sécrète (presque) pas d’insuline, si l’énergie n’est pas utilisée, elle doit bien être stockée quelque part.

Par contre, l’attention portée à l’alimentation, la satiété amenée par le gras et les protéines, et la stabilité de l’insulinémie contribuent sans doute à une réduction indirecte de la quantité de calories ingérées.  Mais il serait intéressant d’en savoir plus sur le sujet. On fait l’impasse totale sur le rôle du microbiote, les 2 kilos de bactéries qui peuplent notre tube digestif.

Le niveau de cétones.

On trouve partout le même schéma, issu à l’origine d’un livre de Phinney et Volek, sur le niveau optimal de cétones : entre 1,5 et 3 mMol/l. Mais nous n’avons trouvé nulle explication de ces valeurs. On imagine aisément qu’il en faut un minimum pour brûler dans le cerveau, et nous pensions a priori que peut être qu’un certain niveau stimule le « fat burning » mais nous n’en avons pas trouvé de preuve dans la littérature médicale.

 

Evolution de la concentration de béta-hydroxybutyrate dans la semaine

 

La complexité du sujet « cétones »

Nous en parlons un peu dans le post sur le sujet. L’histoire des compléments alimentaires (comme celle de la technologie d’ailleurs) regorge de produits miracles (béta-carotène, vitamine E, anti-oxydants de tout poil) promus sur la base de quelques études biaisées et s’avérant au final inutiles voire toxiques. Ce n’est pas surprenant, cela arrive aussi avec les médicaments : 50% des essais cliniques ne sont jamais publiés, et régulièrement on se rend compte qu’une molécule censée sauver des vies a en fait tué plus de patients qu’elle n’en a sauvé. C’est ainsi, le corps humain est une machine très complexe !

Donc dans le cas des cétones, il y a l’aspect « fat-burning », la protection contre les maladies dégénératives du cerveau, le cancer … ça fait beaucoup ! Le ßOHB est sans doute une molécule à regarder avec attention.

 

Bilan

L’expérience nous a aidés à reprendre conscience que l’alimentation, c’est de l’énergie … et de la culture.

Nous pensions qu’il y aurait une corrélation entre le taux de ßOHB et le fat-burning mais … non. en tout cas, pas directement.

Beaucoup de règles érigées en dogmes nutritionnels ne reposent sur … rien : que ce soit d’asséner qu’il faut 50% de l’énergie sous forme de glucides … ou zéro ! Idem pour la répartition d’énergie entre les repas.

Un peu de bon sens quand même: on n’est pas obligé de manger quand on n’a pas faim. Se mettre en situation d’avoir faim, c’est certainement très positif, et pas du tout dangereux !

Quelques cultures dans les Blue Zones (endroits sur terre où la probabilité d’être centenaire est très élevée) insistent sur le fait de quitter la table en ayant (légèrement) faim et il y a certainement à creuser sur cet aspect, dans notre culture de jouissance et de gratification immédiate.

Il n’y a pas de miracle cétogène pour la perte de poids, mais … . Pour ceux qui se trouvent confortables avec cette alimentation, ça vaut la peine de tester sur une durée plus longue. Et nous restons ouverts et positifs (surtout Philippe) sur les effets bénéfiques au niveau cérébral. Normal, on a plus peur d’Alzheimer à 56 ans qu’à 30 🙂

Mais nous avons découvert des recettes originales, certes fort caloriques mais délicieuses !

Pizza no carb

Pizza no carb

Maintenant il est temps de reprendre une alimentation normale et de voir ce qui se passe !